Réorganisation chez IIOT Solutions : Pourquoi ?

La direction de Digital Factory s’est rendue parmi les équipes d’IIOT Solutions pour leur annoncer une réorganisation totale.

Penchons-nous sur ce qui leur arrive car cela pourrait bien nous arriver aussi…

Les grandes lignes de cette réorganisation

IIOT Solutions (Internet Industriel des objets) est une LOB (Line Of Business, un centre R&D qui conçoit des produits) au sein de l’activité Digital Factory de Industrial Automation. Les équipes de ce centre – soit 120 salariés, dont 42 en France, ainsi que quelques dizaines de sous-traitants – sont en charge du développement d’offres logicielles reliant les automates programmables aux services connectés du cloud (Internet).

Pour cette nouvelle transformation, les RH (ressources humaines) ont découpé l’activité en 3 blocs, ‘pour faire simple’ :

  • Aveva Competency Center et ses 15 salariés : cette équipe a appris à utiliser les produits AVEVA et à les faire bien fonctionner avec les autres produits Schneider Electric. Grâce à elle, les pays seraient devenus autonomes et son savoir-faire pourrait être intégré directement dans l’entité service…
  • Smart Water et ses 23 salariés : cette équipe, essentiellement basée en Espagne, va rejoindre le segment ‘Eau’ qui se distingue des systèmes industriels classiques par le fait que les installations de captage et de traitement de l’eau sont réparties sur un vaste territoire et sont rarement localisées à un seul endroit.
  • Industrial Edge & Cross Function Activity et ses 82 salariés : ces équipes développent des offres visant par exemple, à collecter des données d’une usine et à les visualiser via internet et des outils dédiés. Les compétences de ces salariés sont très pointues et assez rares sur le marché de l’emploi.

La CFDT trouve très sain que Schneider Electric se transforme, mais…

La CFDT a rencontré des salariés de Industrial Edge


CFDT : Première question, êtes vous inquiets pour vos emplois ?

-« Pas trop. Nos compétences techniques et nos savoir-faire sont clefs pour l’entreprise. Cependant, l’arrêt de l’AVEVA Competency Center est une perte sèche pour l’entreprise. La réorga nous parait très sévère. Personne ne s’y attendait ! Aussi nous allons perdre quelques prestataires et leur savoir faire…

CFDT : Est-ce que vous pouvez nous dire pourquoi la direction fait cette réorganisation ?

-Non

CFDT : On ne vous a pas expliqué pourquoi ?

-Non

CFDT : Mais alors, avez vous une idée des raisons qui poussent ce changement ?

-Oui, nous avons un problème de business model ; nous ne savons pas comment rentabiliser ce que nous faisons. Par exemple, un client était totalement satisfait de ce que nous lui offrions, mais nous perdions de l’argent avec lui, alors on a arrêté…

CFDT : Pardon ? Vous avez abandonné un client satisfait ?

-Oui, quelque part c’est comme si nous courrions avec une ficelle attachée entre les jambes… c’est pas facile pour gagner.

CFDT : Dans quel sens ?

-Notre activité dépend trop d’autres équipes. Chaque équipe chez Schneider est surchargée sur leur activité propre et les équipes transverses comme les nôtres qui reposent sur la collaboration, se retrouvent en permanence non prioritaires. Par exemple, les équipes automates programmables changent un mécanisme ; ou encore l’équipe Schneider Digital qui ne peut pas mettre à disposition de nos clients les services que nous proposons.

CFDT : Si je comprends bien, l’IIOT c’est fini pour Schneider ?

-J’espère que non, il suffirait de quelques clients en 2025 pour changer la donne.

CFDT : Mais comment allez-vous chercher les clients ?

-Les clients ont des besoins indiscutables de ce type d’offre, et c’est bien pour ça que nous sommes encore là. Mais, nous n’avons pas de commerciaux dédiés qui connaissent l’offre et savent la vendre. Nous aurions pu passer par les services, mais comment peuvent ils vendre nos offres ?

CFDT : Est-ce que cette réorganisation ne serait pas une volonté de vampiriser vos compétences pour dynamiser les équipes sur le développement des futures gammes d’automates ?

-C’est possible, mais ce n’est pas ce qui nous a été dit. On a encore quelques mois pour le découvrir vraiment. Mais ce qui est certain, c’est que nous savons faire des choses qui ressemblent beaucoup à ce que veulent faire les équipes automates par exemple…

CFDT : Nous sommes au temps de l’intelligence artificielle, est-ce que c’est ce virage que nous avons raté ?

-Pas du tout, bien au contraire, c’est la force de notre équipe. Il y a plusieurs brevets déposés par nous sur ces sujets, notamment sur le déploiement des solutions d’intelligence artificielle au pied de la machine.

CFDT : wouah, belles équipes, merci, nous suivrons de près ce qui vous arrivera.

… et de Aveva Competency center

CFDT : bonjour, votre activité est restructurée, est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur cette équipe ?

-Nous avons développé un concept pour un client en électronique qui permet de réduire beaucoup leur facture d’électricité. Nous leur faisons économiser 1,5 million d’euros sur leur facture d’électricité de 20 millions d’euros. L’activité est partie d’un POC chez le client qui est devenu une offre commerciale et cette offre pour qu’elle puisse être diffusée à grande échelle, nous avons formé les équipes commerciales des pays et ils sont maintenant quasi autonomes pour le faire.

CFDT : Vos offres reposent sur les produits AVEVA ?

-Oui et du développement d’application métier autour pour collecter, transformer et envoyer les données. C’est le liant entre le monde des automates et les outils d’AVEVA.

CFDT : Surprenant, mais alors quand vous déployez un de vos systèmes, où va l’argent ?

Par exemple sur une affaire que nous avons gagnée grâce à ce que nous proposons, il y a eu 1 million d’euros pour faire le projet et 200 000 euros pour nos logiciels métiers pour chaque site client et par an. Et aussi, il y a des licences AVEVA…
CFDT : Si je peux me permettre de reformuler, pour vous, votre activité est rentable et génère en plus de l’argent pour AVEVA.

-Oui tout à fait, nous avons le sentiment que nous avons été au mauvais endroit au mauvais moment. Pour nous, notre histoire a commencé l’année dernière et nous avons déjà de gros succès et nous avions également plusieurs projets dans les cartons.

CFDT : Mais vous comprenez ce qui vous arrive ?

CFDT : Désolé je ne veux pas être désobligeant. Je viens d’avoir un tel sentiment de gâchis, une équipe en place qui bosse sur les sujets cœurs de Schneider Electric, qui fait du profit et qui sait où elle va… Alors si j’en reviens au problème, ce que je comprends, c’est que vous êtes dans une équipe où il était prévu qu’elle se fasse restructurée et vous n’avez rien pour vous sauver car c’est Digital Factory qui vous paye afin qu’AVEVA fasse des profits. En fait, vous n’êtes pas rattachés à la bonne équipe. Il suffirait que vous soyez intégrés à I&T par exemple. Mais que va t’il se passer pour vous ?

-Eh bien nous n’avons pas encore d’emploi en vue alors nous nous mettons en mode de marche pour trouver. Nos compétences sont recherchées, alors nous avons bon espoir…

Et maintenant 6/42…

6 salariés sur les 42 en France, n’ont pas de piste de reclassement identifiée pour l’instant. Nous avons 6 mois pour leur trouver une place quelque part.

Pour 10 autres, une piste est trouvée mais pas encore finalisée. Et pour 2 autres salariés, leur mobilité est actée.

Quand aux 24 autres, on savait déjà où ils seraient affectés…

Merci à toutes les équipes qui accueilleront nos collègues de bien veiller sur eux et les recevoir chaleureusement !

La CFDT félicite la direction qui est proactive sur ce dossier ! Voire un peu trop ?

La CFDT a l’impression que l’activité Edge est sous perfusion et a été construite à l’envers. Mais pourquoi aucune piste pour remettre cette activité en ordre de marche, n’est-elle évoquée ?

La CFDT ne peut pas cautionner qu’une équipe comme AVEVA Competency Center qui fonctionne et qui matérialise la volonté de Schneider Electric dans la décarbonation soit démantelée.

La CFDT est inquiète sur le budget de Digital Factory qui nous a été promis comme au moins équivalent à celui de l’année dernière. Force est de constater que c’est IIOT Solutions qui l’a payé…

La CFDT demande que tous les salariés se voient proposer un poste adéquat sur leur site et/ou qu’ils puissent bénéficier d’un véritable plan de transformation avec des mesures d’accompagnement !

Et après…

La CFDT demande que soit organisé un closing (un bilan) afin de recueillir les leçons du passé (les lessons learned) pour capter les avantages et ne pas refaire les mêmes erreurs. Ce qui est choquant, c’est que ces équipes, en charge de développer des logiciels -l’objectif de transformation de Schneider Electric-, ne soient pas mises en capacité de réussir. Posons nous les bonnes questions, pourquoi n’arrivons nous pas à les faire fonctionner ?

Nos financiers maitrisent parfaitement les produits, mais sont ils suffisamment armés pour le logiciel ? Nous devrions être capables de calculer correctement les coûts directs du logiciel, de proposer un prix et d’en déduire le nombre de personnes nécessaires en R&D…

On constate également que le commerce est essentiel pour soutenir ces offres. Par ailleurs, le lancement des offres devrait être beaucoup plus « bruyant » : par exemple, les personnes qui travaillent à proximité de ces équipes ne savent pas réellement ce qu’elles font, est-ce normal ?

L’idée de positionner l’offre Edge au sein de Digital Factory qui conçoit les automates est une véritable transition pour les équipes, mais c’est aussi une opportunité. Ces logiciels pourront bénéficier du lancement commercial de futures gammes d’automates et se positionner clairement dans un écosystème qui sera expliqué aux clients.

Avez-vous cherché une solution pour l’équipe AVEVA Competency Center ?