À MasterTech, où les intérimaires représenteraient aujourd’hui près de 40 % des effectifs, une nouvelle étape semble avoir été franchie : face à l’absence ou au manque de salariés titulaires, certains intérimaires ont désormais été validés comme formateurs.
Soyons clairs : il est déjà arrivé dans le passé que des intérimaires transmettent ponctuellement leur savoir-faire ou accompagnent des collègues dans leur montée en compétence. Ces situations existaient mais restaient exceptionnelles et limitées.
Aujourd’hui, ce qui se met en place est d’une tout autre ampleur.
Former les autres sans reconnaissance
Faute de personnel titulaire en nombre suffisant, la direction semble désormais s’appuyer sur des intérimaires pour assurer des missions de formation de manière organisée.
Ces intérimaires formateurs peuvent intervenir non seulement auprès d’autres intérimaires, mais également auprès de salariés titulaires nouvellement affectés à leur poste.
Cette situation soulève de nombreuses questions :
- Comment garantir la pérennité des compétences lorsque les formateurs eux-mêmes sont en situation précaire ?
- Comment préserver le savoir-faire interne avec un turn-over aussi important ?
- Pourquoi confier des responsabilités supplémentaires sans reconnaissance salariale ni évolution de statut ?
- Jusqu’où peut-on faire porter à l’intérim des missions qui relèvent normalement de salariés intégrés durablement dans l’entreprise ?
Un risque pour les salariés et pour l’entreprise
La formation est un élément essentiel de la qualité, de la sécurité et de la transmission des compétences.
Lorsqu’une entreprise confie durablement ces missions à des intérimaires, elle prend le risque de fragiliser son organisation et d’appauvrir progressivement son capital de compétences internes.
Cette pratique peut également interroger au regard des règles encadrant le recours au travail temporaire. L’intérim doit répondre à des besoins précis et temporaires. La formation des salariés n’est pas un accroissement d’activité.
Selon les informations dont nous disposons, des situations comparables existeraient également sur d’autres sites Schneider Electric, notamment à Mâcon et potentiellement ailleurs.
La CFDT demande des titularisations
Pour la CFDT, la réponse est évidente :
Si des intérimaires possèdent les compétences, l’expérience et la légitimité pour former leurs collègues, alors ils doivent être reconnus à leur juste valeur.
Cela passe d’abord par la titularisation de davantage d’intérimaires, en particulier de ceux à qui l’on confie aujourd’hui des responsabilités de formateur, mais également de nombreux autres salariés temporaires qui contribuent quotidiennement à la performance de l’entreprise.
La transmission des compétences doit reposer sur des salariés formés, reconnus et intégrés durablement dans l’entreprise, pas sur une précarisation croissante des savoir-faire.
La CFDT va interpeller la direction
La CFDT va demander à la direction des explications sur cette situation et exiger une régularisation rapide des pratiques constatées.
La formation est un investissement stratégique pour l’avenir de l’entreprise. Elle ne peut pas devenir la conséquence d’un manque chronique d’effectifs titulaires.
Former, c’est un métier. Reconnaître les compétences, c’est une responsabilité. Titulariser les salariés qui les démontrent, c’est une nécessité.