Dans le privé, mais augmentés au niveau de l’inflation, comme les fonctionnaires
Ni le beurre, ni l’argent
Vous venez de toucher votre augmentation annuelle; simultanément, l’assemblée générale des actionnaires s’est tenue à Paris. Si vous n’avez pas regardé le replay, voila la synthèse de la Cfdt : le dividende versé a encore fortement augmenté (+11%), ainsi que le paquet d’actions gratuites réservé aux dirigeants (« LTIP : Long Time Incentive Plan »). Champagne !
C’est vrai qu’avec un bénéfice record de 4,3 milliards en 2024, on pouvait (tous) avoir le sourire en engageant la négociation annuelle obligatoire (NAO) sur les révisions de salaires. Mais voila… 2,5 milliard étaient réservés aux actionnaires et dirigeants, le reste aux investissements : la caisse était déjà vidée, et la Cfdt n’a pas signé cet accord de caisse vide.
Le double effet kiss cool du dividende
Il y a 10 ans, les actionnaires se partageaient un milliard d’euro en dividende. Aujourd’hui, les mêmes actionnaires se partagent le double. Sacré révision ! Conséquence : le prix de l’action a aussi plus que doublé, et avec lui, le patrimoine des actionnaires. C’est l’équation : 2 x 2 = 4 ! On est loin des NAO…
Salarié actionnaire, que préférons-nous ?
Salariés, nous sommes nombreux à être aussi actionnaires, via les campagnes Wesop toujours avantageuses fiscalement. Et nous sommes contents que l’action Schneider continue de monter, parallèlement aux dividendes distribués ! On finit par oublier que ces dividendes, ce sont les augmentations qu’on n’aura pas…
Petit calcul fictionnel : si Schneider était une mutuelle ou une coopérative, ne distribuant pas de dividendes, on pourrait augmenter les salaires des 150 000 salariés dans le monde, de 25% !
Sommes-nous encore dans le même bateau ?
Pour nos dirigeants, les actions gratuites représentent jusqu’à 3 fois leur salaire. Le LTIP est donc un formidable démultiplicateur des écarts de rémunération ! Le patron gagne ainsi environ 250 fois le salaire ouvrier en France. Est-ce encore raisonnable ?
Sachant que ces revenus dépendent du cours de l’action, on imagine bien que nos dirigeants vont plutôt décider dans le sens des dividendes, plutôt que de celui des salaires ou de l’investissement. On nous parle de « confiance », mais sommes-nous bien dans le même bateau ? La direction est-elle encore assez motivée pour défendre les compétences, l’emploi, l’outil industriel ?